je critique tout

Un avis sur tout et surtout un avis

Parfois, il faut simplement oser renaître

Oser renaître, Agathe Vauvillé.

Dimanche. Fin d’après-midi. C’est le moment le plus pénible au monde. Un peu trop tôt pour l’apéro ou la bière pré-apéro. Moment idéal pour se poser dans son canapé avec un bon bouquin et un peu de jazz. Allez, laissons-nous accompagner par Thelonious Monk, le roi de l’improvisation. Tout l’inverse de moi quand il s’agit de me décider sur ma prochaine lecture. Naturellement, je jette un coup d’œil vers mes auteurs fétiches. Buko, Fante, Ellis, Despentes et Houellebecq pour ne citer qu’eux. Je dois aussi me déflorer avec Soif qui serait mon tout premier Nothomb. Ah tiens, c’est vrai, ça fait déjà quelque temps que j’ai acheté ce bouquin à la tranche presque couleur brique qui me saute aux yeux. 

Oser renaître d’Agathe Vauvillé. C’est peut-être audacieux d’oser renaître un dimanche où le néant règne entre goûter et apéro. Pour ne rien cacher, j’ai acheté ce bouquin, car je connais son auteure. Pas très bien, mais nous partageons notre passion au sein du même club d’écriture. C’est toujours délicat, t’es heureux de te procurer un bouquin dont tu connais l’auteur.e mais une fois qu’il est là, tu as presque peur de l’ouvrir. D’autant plus que ça ne ressemble pas à mes lectures habituelles. « Oser renaître est un roman mêlant fiction, développement personnel et spiritualité. Ce livre appelle le lecteur à retrouver sa propre lumière, ensevelie sous le fatras de ses illusions.»  

Pas du tout ma cam. Bon, je concède que j’ai lu plusieurs bouquins de Laurent Gounelle et que ça m’avait fait le plus grand bien. Une tranche de vie, ses livres. Pourquoi ne pas se laisser entraîner au coté de Joséphine et voir de quoi il en retourne ? Voici le synopsis.

« J’avais cru à une sourde, à une morte, puis à une sénile, j’ai finalement atterri chez Gandhi. » Joséphine est une femme perfectionniste, solitaire et émotionnellement instable. Elle fait la connaissance de Céleste, femme de soixante-neuf ans un brin taquin, qui va pousser la trentenaire dans ses retranchements les plus profonds. Partageant sa vision de la vie qu’elle tire de sa propre expérience, la vieille dame offre alors à Joséphine un nouveau champ des possibles. Cette dernière se (re)découvre, s’accepte, avance et lâche prise… pour retrouver son vrai « Soi ». 

Il m’est très compliqué de vous en dire plus sans nuire à votre lecture. Cependant, je peux vous livrer mon sentiment sur ce beau texte d’Agathe Vauvillé. Car oui, par les thèmes abordés et la qualité d’écriture, ce bouquin est simplement beau. Seul bémol à cela, peut-être un peu trop de verbiage par moment ou un manque de simplicité dans l’écriture. C’est presque trop pour un bouquin qui prône quelque part le dépouillement. Ceci n’étant qu’un sentiment purement subjectif. J’ai cru tomber dans le nian-nian. Il n’en est rien. J’ai cru me retrouver enfermé dans une sorte de relation mère-fille par procuration. Il n’en est rien.

Peut-être que cette vieille est une harpie, ou une qui pue et qui ne cause pas, oui qui va m’prendre pour son larbin. Encore deux étages. Ou une folle qui refuse l’hospice. Ou peut-être une dépressive, une qui décaroche sévèrement et que ne va même pas se rendre compte de ma présence.

PAGE 8

Le roman débute sur quelque chose de très simple, pour ne pas dire classique. Une rupture amoureuse et un constat d’échec au quotidien pour Joséphine. Un boulot qu’elle exècre, elle travaille dans une agence de publicité, des comportements qu’elle ne peut plus supporter (notamment de la gent masculine). La faute des autres, toujours la faute des autres. La jeune femme est loin de se douter que c’est grâce à ce qu’elle juge alors comme un échec qu’une nouvelle vie s’ouvre à elle. Sa rencontre avec Céleste ne va pas être de tout repos et l’entraîner sur une matrice de pensée qu’elle n’avait jamais même osée envisager. Elle, qui hésitait à faire demi-tour avant leur premier échange.

L’air dément, l’ongle rongé, je m’enfonce dans son canapé qui se transforme en divan freudien. Hors de contrôle, je lui déballe tout, et tout découle avec fluidité. Je vomis un verbiage incandescent sur le plancher de cette vieille dame.

PAGE 13

Ecoute, bienveillance et surtout rapport à l’ego forment le fil conducteur conséquent des échanges entre finalement deux jeunes femmes, espiègles et fortes, uniquement séparées par les âges. Le traitement est à la fois intéressant et de mon avis déboussolant. À la fin de certains chapitres consacrés aux discussions entre les deux femmes, Joséphine dresse un bilan des enseignements qu’elle perçoit. Comme un journal intime, une guideline de l’évolution de soi. C’est intéressant, car ça à le mérite d’appuyer sur les notions évoquées et tout lecteur en quête de réflexion prendra plaisir à s’y reporter, même une fois la lecture du livre achevée.

MÉMO 4

Se réaliser par soi-même, avec ses propres ressources.
Nous attendons souvent qu’un événement nous sorte d’une situation, qu’un tiers nous aide. On attend trop des autres alors que ce que nous désirons obtenir, il faut d’abord le sentir en nous. Il n’y a qu’ainsi que nous pouvons l’attirer à nous-même.

PAGE 154

Pour ma part, ça a marqué des ruptures assez brutales dans la narration qui me faisaient quelque peu décrocher face à la sensation de redite. J’avoue avoir hésité à sauter certaines de ces pages. Je dis ça mais d’un autre côté, j’ai photographié certaines des notes de Joséphine pour les partager avec des proches et ouvrir le chemin à de nouvelles réflexions communes.

Je retiendrai surtout le talent certain d’Agathe Vauvillé pour dresser le portrait de personnages, tellement bien dessinés, qu’ils nous paraissent évoluer autour de nous. De mettre en phase une narration simple avec des concepts fondamentaux. Joséphine est à la croisée des chemins et semble synthétiser le doute que connaissent beaucoup de personnes autour de moi dans le creux de la trentaine. Un voyage initiatique, quasiment à huis clos demeure tout de même un pari très osé. Et c’est plutôt réussi. Parfois, il faut simplement oser renaître.

Non, je ne pleure pas de rire Frédéric

L’Homme qui pleure de rire, Frédéric Beigbeder.
_ Éditions
Grasset

Toute ressemblance avec des faits réels ou des personnalités existantes pourrait révéler les limites d’un auteur sans imagination.
Un jour il me faudra admettre que j’ai consacré mon existence à faire passer mes problèmes pour des fictions et ma vie pour un roman.
Octave Parango

PAGE 8

Cher Frédéric,

J’ai lu beaucoup de tes livres. J’ai utilisé beaucoup de tes citations. Je t’ai beaucoup aimé, sans te connaître. Comme un grand frère peut-être, dire comme un père ferait de toi quelqu’un de bien trop vieux étant donné mon âge. Ta chronique sur Inter, je l’ai bu comme du petit lait. Comme l’ensemble de tes chroniques. Elles avaient beau parfois être pas terribles, inconsistantes mais cette inconsistance fait tellement partie de ce personnage que tu as façonné depuis des années. Mais est-ce réellement un personnage ? Si l’on retire toute l’extravagance capricieuse qui caractérise Octave Parango, qu’en reste t-il ? La réponse, tu nous l’as livrée, presque malgré toi dans ton dernier ouvrage.

Il faut avouer qu’Octave n’existe plus vraiment. Que le mur entre lui et toi s’est écroulé comme en 1989. Je pense que vous attendiez tous les deux de vous retrouver et que cette guerre froide où tu le laissais s’échapper au sein de tes textes n’a plus vraiment lieu d’être.

J’entendais mes cheveux blanchir pendant cette conversation.

PAGE (désolé je n’ai pas noté)

Tu vieillis Frédéric. C’est certainement ça qui vient te propulser sur un autre plan. Certainement que tu t’es déjà pris dans ta tronche de quinqua un poil défraîchi un “ok boomer”. Faire des généralités en renvoyant quelqu’un à sa génération. La ségrégation par l’âge. Putain, on touche le fond, Frédéric. Non ? Même moi, on me le sort parfois quand j’exprime un peu de décence ou que j’ai le malheur d’exprimer ma grande passion pour les réseaux asociaux. Me permets-tu l’emprunt ? Trop tard. Peut-être que t’es un vieux. Si c’est le cas, c’est que j’en suis un et que ce n’est pas une question d’âge. Peut-être que c’est devenu la norme d’envoyer des Snaps de sa/son partenaire à poil à ses potes (ou pire). Peut-être que c’est ça le progrès avec lequel on nous bassine toute la journée. Tu n’as pas ces codes là. Moi non plus. Et qu’est ce que je suis fier dans ce cas d’être un boomer. D’aimer le papier, d’aimer les échanges autour d’un verre, de déconnecter des écrans au maximum.

Mais revenons-en au mur, ce qui me facilitera la transition. Peut-être que tu suis ça d’un oeil amusé, ou terrifié, ou les deux… Je ne sais jamais sur quel pied danser avec toi. Donald s’accroche encore un peu à son siège. Chaque matin, les réseaux sociaux et principalement Twitter que j’écume sont emplis de politologues qui viennent nous expliquer qu’ils sont plus à même que le peuple américain de juger cette élection, de juger le Président et son action et donc de juger de façon tout à fait objective le climat, les craintes, les réussites et échecs outre-Atlantique.

Remarque, ça nous change des experts covid et des commentateurs de la vie politique française. Comment ça ? Ce sont les même personnes ? Ah oui, tu n’as pas tort. Le jeu en vogue, c’est de critiquer BFM TV en continu (comme l’info oui oui) et finalement de se sentir obliger de partager ou plutôt retweeter des informations de source BFM TV en commentant sur un ton agacé, médusé ou cynique. Tout est bon sujet à casser, railler, détruire par le rire. C’est ça le sarcasme.

Le sarcasme des humoristes est généralement présenté comme la réponse indispensable à l’arrogance des puissants, mais ne perdons pas de vue qu’il est aussi la vengeance des impuissants.

Bien évidemment que Trump n’a pas mon affection. Ce n’est pas pour autant que je vais me complaire toute la journée dans une forme de suffisance critique. Je le suis déjà assez sur des tas d’autres sujets. Tu résumes en très peu de mots la situation politique de ces dernières années, son évolution est intimement liée aux changements qui s’opèrent dans la société.

La démocratie du pouêt-pouêt est née parce que la démocratie s’ennuie. La chance du populisme est son sarcasme (le mot descend du grec ancien « sarkazo » : « je mords »). Ridiculiser son adversaire est plus facile quand on est démagogue qu’humaniste. Le rire sardonique prépare l’élection des clowns maléfiques avec l’appui des réseaux sociaux. Le succès électoral du comique populiste repose sur l’idée – parfaitement juste – qu’il ne pourra pas faire pire que les sinistres emmerdeurs qui étaient là avant.

PAGE 64

Mais pourtant, toi aussi, tu en as usé de ce côté déconneur, léger, bon vivant. Certes, pas sur les réseaux sociaux mais dans pas mal de médias. Sauf que toi, je te l’accorde, tu as su t’extraire de ton côté BCBG (même si tu gardes ce petit pull…) pour devenir presque rock’n’roll dans la façon d’être. Pas juste un mec chiant, planqué derrière un écran, comme en embuscade pour porter l’estocade. D’ailleurs, l’une de tes dernières sorties en date au sujet du confinement m’a quelque peu emmerdée. Impossible à justifier une connerie (selon moi) pareille. Ça se sent que la période te met à sac et que tu en ressors à sec. Peut-être est-ce le ressac du Golf de Gascogne qui te retourne le cerveau ? C’est dommage. Comme s’il ne restait que la provocation.

Ce qui m’a broyé, c’est moi, et moi seul. Je suis trop émotif, j’ai présumé de mes forces. J’aime faire le pitre mais je suis trop timide. Il ne fallait pas me proposer ce travail et j’aurais dû le refuser. Mais je voulais récolter des compliments dans le train Saint-Jean-de-Luz-Montparnasse. Je voulais une dernière ration de gloriole comme un toxico réclame une dernière dose.

PAGE 301-302

Tu as une sacrée trajectoire et je ne parle pas du plan intégré à l’ouverture de ton bouquin, qui nous résume ta grande aventure dans un périmètre des plus restreints entre les Champs et l’Arc de Triomphe. Ça donne un côté “livre dont vous êtes le héros”. Même si t’es un peu l’anti-héros pour beaucoup de monde. Pas pour moi. Les gens ont du mal lorsqu’il est impossible de placer quelqu’un dans une case. T’es un touche à tout. Là aussi, j’ai l’impression de te rejoindre. Tu nous emmerdes pendant des pages et des pages sur le Caca’s club (quelle finesse, j’adore) et on en oublierait presque ton parcours. Toi, le créatif de la fratrie. Acteur, réalisateur, scénariste, éditeur, écrivain, romancier, critique littéraire, conseiller de rédaction (je n’invente rien c’est sur ta page Wikipédia et tu sais bien qu’Internet a raison sur tout et tous), tu es finalement comme un animal aux contours flous. Mais ton talent le plus pregnant, c’est la communication. Les gens n’aiment pas ça, les communicants. Des gens avec des fringues colorées, snob, qui sont sur la lune et qui manipulent le peuple à coup de grandes idées publicitaires. Ces mêmes personnes vendent, non, donnent l’ensemble de leur identité aux réseaux sociaux, mais elles ont encore peur d’être manipulées. C’est mignon.

Désormais, quelque peu déconnecté de la vie citadine, peut-être vas tu en profiter pour laisser sortir les mots de l’écrivain et ce, sans penser à ce qu’attend ton lectorat. Ça doit être encore plus dur pour un mec de la publicité d’en faire abstraction. Toi qui parles souvent de Houellebecq, vous avez un sacré point commun : vos personnes sont devenues des personnages et le pékin moyen est incapable de faire la part des choses. Dommage. Ou pas d’ailleurs.

T’as passé une sale année, même si tu essayes de nous laisser à penser que ton sabotage était volontaire. Tu n’y parviens pas. Le désarroi, on le sent chez toi comme un gamin pris en flag alors qu’il cherche les corrigés des cahiers de vacances, planqués par ses parents dans la caravane familiale, un soir de juillet au camping du Bois d’Amour de La Baule. Je suis certain que cette image te plaira. Ça, c’était de ton propre chef. Par contre, l’acharnement envers toi suite à l’affaire Matzneff, ça a du être dur à encaisser. Tu vois, moi, j’espère que l’on me reprochera jamais d’avoir accompagné Jean-Loup dans le jardin de Thomas un mercredi après-midi de 1992. Thomas, qui s’amusait à ceinturer de pétards des souris au tronc d’un arbre. Je ne savais sincèrement pas que Thomas et Jean-Loup passaient leur mercredi après-midi à jouir d’une certaine cruauté ou plutôt cruauté certaine. Bien sûr, je ne suis plus jamais allé dans le jardin pourtant magnifique du jeune et pratiquant catholique.

Tu nous parles bien évidemment de drogues, de femmes, d’excès. Qui serais-tu sans tout cela ? Le sais-tu toi même ? Je ne veux pas laisser croire aux personnes qui le pensent déjà que ce bouquin est juste l’éloge d’un teufeur des beaux quartiers. C’est une remise en question de la personne que tu es, Octave ou Frédéric, peu importe finalement. Tu t’observes, tu prends le temps, tu te livres sans fard pour te retrouver au petit matin avec de bien lourdes paupières.

Dans le jardin, un hamac se balance entre deux platanes, les tourterelles dansent sur les branches des pins, le merle réveille les dernières abeilles de la terre. Les pâquerettes fleurissent la pelouse verte comme des flocons de neige épars. Le grondement de l’océan couvre parfois les babillages du bambin. Le ciel change tout le temps, du gris perle au bleu pâle, du rose clair au pourpre foncé, du jaune orageux au noir tempête. Ma vie consiste à sourire face à la montagne lointaine et rassurante. Si seulement j’étais moins con, je serais fichu d’accepter mon bonheur.

PAGE 241

Aujourd’hui, tu nous comptes ton bonheur en famille, ta vie nouvelle du côté de Guéthary, un village typiquement basque, ancien port de pêche à la baleine, largement ouvert sur l’océan et aujourd’hui, connu mondialement par les … Tout le monde s’en fout de cette description empruntée au site officiel du village. Ça serait bon de boire un verre, un jour de marché à Guéthary et d’enfin savoir qui est derrière la plume et, bien évidemment, le masque. Et puis surtout, goûter ta vodka.

Satan mène le bal

Satan mène le bal, Samuel Lebon.
_ Filigranes Éditions

Voilà ce qu’il se produit lorsque l’on se retrouve happé dans un bouquin, au point de ne plus vouloir en sortir. Laissez-moi vous entraîner avec ces quelques mots dans l’univers de Satan mène le bal.
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Satan mène le bal – Page 43 © Samuel Lebon.

Réveil naturel ce matin. Je me lève, tangue, manque de perdre l’équilibre à la recherche d’un hypothétique calcif. Rien. Pas grave, je bute dans mes boots, elles sont froides, détrempées et je sens du sable sous mes pieds. Bordel, je n’ai pas rêvé.

Ce n’est pas chez moi ici. J’en prends conscience alors que jaillissent des flots d’alcool et de je ne sais trop quoi de ma gorge. La pression monte dans ma boite crânienne à chaque soubresaut. Je me redresse. La chasse fait un bruit diabolique. Je vais la réveiller. Après avoir pris la peine d’en retirer les bouteilles à moitié vides, je me plonge la tête dans le lavabo d’eau glacée.

Je retourne dans la chambre. Le jour se lève péniblement. Le lit est vide. Je n’ai personne à réveiller. Je n’ai donc réveillé personne. J’ai passé une soirée de dingue. Du petit balcon, la plage de Deauville se dévoile comme un dernier songe. Je ne sais pas combien de temps, j’ai pu passer ici, mais le cendrier déborde. Je crois bien que je me suis fait un ami. Quand j’ai débarqué ici, on m’a parlé d’un certain Bukowski, un artiste.

Roth ou Wolfe. Je ne saurais pas quel héritage revendiquer. Je pourrais être leur bâtard. La réincarnation croisée du juif libidineux et du dandy gonzo. Philip Wolfe. Tom Roth.
Je vais partir sur Bukowski.

page 22

Je n’ai pas bien compris s’il s’agissait d’un écrivain comme son homonyme ou un photographe. J’ai juste cru comprendre qu’il était devenu la principale préoccupation du complexe hôtelier tant son mini-bar se vidait à la vitesse d’un faucon pèlerin. C’est d’ailleurs peut-être ça, à quoi se livre ce Buko de pacotille, un pèlerinage ? Acte de dévotion pur envers lui-même me semble t-il.

Je me gare au fond du parking derrière le jardin, j’escalade la voiture, regarde par-dessus le mur. Il n’y a rien à voir à part un parc bien entretenu. Je pisse là avant de reprendre la route et j’entends le fantôme de Duras fureter derrière la pierre.
Un sacré signe d’encouragement.

Page 82

Des bribes me reviennent. Un restaurant. Il me semble qu’il m’a dit avoir des gosses. Devoir les récupérer. Il me dit qu’il n’est pas comme son père. Les discussions s’évaporent en lieu et place des volutes de fumée. Il désigne une table un peu plus centrale dans le restaurant. Une femme et un homme semblent mener une discussion houleuse. Merde. Marguerite et Charles. Duras et Bukowski. Le vrai Bukowski. Il interrompt ma tentative de déchiffrer leurs échanges. Il a envoyé une carte postale à Delphine. Mais elle ne l’a jamais reçue. C’est sûrement un problème de la Poste. Je me retourne et les deux figures littéraires ne sont plus à leur table. Il les a évaporés en me parlant de carte postale. Tout redevient flou.

Delphine n’a pas reçu ma carte.
22 rue Manuel. Ou peut-être 20.
Elle ne l’a pas reçue.
Elle dit qu’elle ne l’a pas reçue.
Pourquoi.

Page 25

Ça y est. Je me souviens de sa chambre. À l’étage du dessus. J’ai l’intime conviction que nous sommes amis désormais. J’enfile le peignoir blanc immaculé. Peut-être que j’ai l’air d’un ange avec ça sur le dos. Un ange avec un début d’érection matinale. Un ange tout de même. Je vais le rejoindre et lui dire que toutes les nuits devraient ressembler à ça. Soubresauts à la clé ou non.

La porte n’est pas fermée. Il fait froid comme sur Uranus, sans hydrogène. La baie vitrée est grande ouverte. Des photos virevoltent. J’en attrape quelques-unes retombées sur le lit défait. 

Satan mène le bal – Page 53 © Samuel Lebon.

Agnès, ça doit être Agnès, nue et magnifique. D’autres personnes, d’autres corps éparpillés, intemporels. Des pages manuscrites sont punaisées au mur. C’est illisible. 

Je vais séquestrer Agnès dans une chambre donnant sur la plage. Je vais l’observer sans la toucher et je vais la photographier une fois par nuit.
Je sortirai pour prendre l’air et pour écrire.

Page 74

Sur la table de nuit, un tas de cartes postales, toutes timbrées, semble maintenu par un champ magnétique. Delphine. Toujours elle. Toujours pour elle. Elles ne sont jamais parties. La Poste n’est pas en cause. Le vent s’engouffre et Jack roule à mes pieds. Plus une goutte, le bouchon a d’ailleurs disparu lui aussi. Après m’avoir paru si proche, il semble s’être volatilisé laissant derrière lui une partie de son monde. Visiblement, Buko est parti mener d’autres bals. Peut-être du côté d’Atlantic City. Et moi, je vais rester ici en l’attendant.

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Si Satan mène le bal, c’est sans aucun doute Samuel Lebon qui mène la danse. Autour d’un livre mêlant photographies et textes courts se noue une déambulation où les frontières entre le réel et le fantasmé se dissipent au fil des pages. À découvrir donc. Pour ma part, j’espère retrouver les mots de Samuel prochainement.
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En savoir plus.

Photographe et écrivain, longtemps rédacteur pour la presse rock, Samuel Lebon développe une esthétique texte et image à la limite de la fiction, jouant avec la frontière entre rêve et réalité. Passionné par le rapport entre les mots et la photographie, il associe les deux écritures dans ses créations.
 
Son livre “Satan mène le bal”, paru en 2020 aux éditions Filigranes, mêle ainsi roman et série photographique du même nom, réalisée en grande partie à Deauville pour le Festival Planche(s) Contact. Avant d’être publié, ce projet était exposé sous la forme d’une chambre d’écrivain, comme une mise en abîme : Le manuscrit cohabitait avec les images des pérégrinations d’un écrivain à la Bukowski dans une ville imaginaire inspirée d’Atlantic City.
 
Les photographies de Samuel Lebon sont régulièrement publiées dans la presse (Libération, Les Inrockuptibles, Télérama…). Il est distribué par Hans Lucas.

Source + lien pour commander : https://www.filigranes.com/livre/satan-mene-le-bal/ 
Pour en savoir plus sur Samuel Lebon et son actualité, rendez-vous par ici.

Pacifique, l’envol d’Isao Kaneda

Pacifique, Stéphanie Hochet.
_ éditions Rivages

Stéphanie Hochet nous entraîne dans le sillage d’un kamikaze de la Guerre du Pacifique. Sous la forme d’un récit personnel, à la première personne, nous vivons l’enfance, l’adolescence et les années de formation du protagoniste jusqu’à son dernier vol.

« Ce n’est pas la mort qui nous fait peur mais de ne pas être à la hauteur de notre future mission. Quant au pire, ce qui ruinerait notre honneur et celui de notre famille, ce serait de tomber vivants entre les mains de l’ennemi. »

Tout d’abord, il faut insister sur la beauté de cet ouvrage. Rythme, sonorités et poésie donnent corps au sens profond d’un récit à la fois dur et sensible.

La construction du récit est d’une efficacité redoutable, il m’a été impossible de décoller de cette histoire au cœur de l’Histoire avec un grand H avant d’en arriver à la conclusion. La construction du personnage d’Isao et son cheminement initiatique où nous sommes menés par le bout du nez, persuadés que celui de son avion va inexorablement piquer, sont incroyablement bien amenés.

“Immergé dans cette parenthèse de perfection, je flotte dans le paysage.”

Avant même d’avoir commencé la lecture, j’ai bien compris que le don de soi, le don à l’empire en tant que kamikaze allait en être le moteur. Sauf que cette notion de don de soi est introduite à différents moments de vie du jeune personnage. Il se donne à la tradition par l’intermédiaire de sa grand-mère, il se donne à la culture, la connaissance par les enseignements de son précepteur, il donne quelque part son corps, qu’il transforme dans le cadre de ses cours de kendo et enfin, il se donne à l’Empire en s’enrôlant dans l’armée. Et là aussi, on sent la puissance de l’autre via l’impact de ses camarades soldats ou la hiérarchie. Car oui, pour moi, ce récit initiatique montre à quel point il peut être difficile pour une jeune personne, en général, de se construire au regard des autres : famille, amis, patrie.

Pour la première fois, je ressemble aux garçons de mon âge. J’appartiens à un groupe. Mes phrases commencent souvent par “nous”, moins par “je”. Une sensation de solidité m’habite.

Finalement, Isao se trouve enfin lui même sur cet archipel où il échoue, quelque part au milieu de son océan intérieur. Il est enfin dans le don à lui-même.

Pour en savoir plus sur Stéphanie Hochet et son actualité, rendez-vous par ici.

Pour aller plus loin sur le sujet, je vous propose ce très intéressant podcast "Missions suicides : kamikazes 1944-1945" https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/missions-suicides-kamikazes-1944-1945
Photo : Chiran high school girls are waving farewell with cherry blossom branches to a taking-off kamikaze pilot. The pilot is Second Lieutenant Toshio Anazawa of Army Special Attack Unit (20th Shinbu party). The aircraft, an Army Type 1 fighter "Hayabusa" III- type-Ko holding a 250kg bomb, is departing towards Okinawa on April 12, 1945.
jack london

Pour Martin, l’Eden n’existe pas

Martin Eden, Jack London.
_ éditions Libretto

À la lecture de Martin Eden, je n’ai pu m’empêcher d’avoir en tête d’autres bouquins analogues. John Fante et les aventures d’Arturo Bandini débutées en 1938 (4 volets) ou encore Bukoswki et son Factotum en 1975, et son œuvre au sens large me semblent être dans la lignée de Jack London. Je te vois qui tire une tronche de vieille pie catho à la sortie de la messe. Non, ne te méprends pas. Je sais bien que le style n’est pas le même et que tu penses certainement que Jack London est un bien meilleur auteur que ses successeurs. Tout est relatif. Rien n’est objectif. La différence de tonalité est flagrante, mais ils se rejoignent sur une trame : un mec misérable qui rêve de devenir écrivain et fait tout, pour ne pas dire n’importe quoi, afin d’y arriver. Allant jusqu’à s’oublier lui-même. Une trame où l’autobiographie et le romanesque se retrouvent étranglés par des frontières volubiles.

Pour être honnête, ce billet (qui vous ennuie déjà) n’a failli pas voir le jour. Pour la simple et bonne raison, que j’ai cru ne jamais réussir à digérer les cent première pages. Des descriptions poussives à n’en plus finir, un style ampoulé m’ont énormément rebuté. Oui, comme Claude François, je ne suis pas fan de tout ce qui est ampoulé. La première partie du bouquin ne nous offre pas grand-chose au-delà de ça. Il est difficile d’y trouver ses marques. Tout comme Martin peine à trouver les siennes quand il se retrouve à quai et rencontre l’intrigante Ruth et sa riche famille.

Elle ne pouvait s’empêcher de comparer les professeurs – délicats, doctes, bien habillés, parlant d’une voix modulée, respirant la culture la plus raffinée – avec cet indescriptible jeune homme, qu’elle aimait pourtant, toujours un peu débraillé, dont les gros muscles révélaient le passé vulgaire et qui s’excitait en parlant, exagérait tout et s’emballait à la moindre contradiction. Et puis eux, au moins, gagnaient largement leur vie, tandis que lui n’était pas capable de gagner un penny. Elle ne jugeait pas les arguments de Martin d’après ses paroles. Elle estimait simplement – inconsciemment, il est vrai – que ses arguments étaient faux. Les professeurs avaient raison, parce qu’ils avaient réussi. Martin avait tort parce qu’il échouait.

C’est intéressant, à un moment donné, Martin Eden met en place des trames basiques comme il les analyse chez ses contemporains afin de réussir à vendre ses bouquins, et c’est à s’y méprendre ce que l’on retrouve ici. Un jeune homme qui rencontre une femme qu’il n’aurait jamais dû rencontrer en tombe éperdument amoureux. Prêt à tout pour les conquérir, elle et sa famille, il va se travestir en quelqu’un qu’il n’a jamais été et ne sera finalement jamais. Sauf que ça ne se finit heureusement ou malheureusement pas comme l’on pourrait s’y attendre, car Martin n’a jamais été à sa place, ni sur terre, ni sur mer. C’est le mouvement perpétuel qui l’a maintenu en équilibre.

Puis il eut l’impression de tomber dans un vaste escalier sans fin. Tout en bas, c’était les ténèbres. Cela il le savait. Il sombrait dans les ténèbres. Et, au moment où il le sut, il cessa de le savoir.

Je ne vais pas plus entrer dans les détails du roman et je regrette que Jack London n’ait pas plus poussé certaines réflexions et que des personnages soient vidés de leur substance sur quelques dizaines de pages après tout ce temps perdu à l’ouverture. Au travers des pérégrinations de Martin, nous effleurons beaucoup de choses : politique, philosophie, biologie et un marasme de sentiments intérieurs. Et comme le fait Martin Eden, nous ne faisons que survoler tout cela pour en faire un vague schéma de pensée. Et l’on s’y perd un peu. Cet homme n’a pas de fil conducteur, pas de guidelines comme le diraient mes amis bobos parisiens.

Ce que nous retiendrons, c’est que Martin Eden, bien qu’ayant passé une partie de sa jeune vie en mer se fera bien submerger au-dessus de son niveau, les pieds sur un sol meuble et affamé à la fois entre espoir et décalage avec ce qu’il est intrinsèquement et la passion à laquelle il est confronté.

Tout peut s’en aller à vau-l’eau dans ce monde, sauf l’amour. L’amour ne peut pas faiblir. S’il trébuche en chemin et s’effondre comme une chiffe, c’est que ce n’était pas de l’amour.

Ce livre est un chef-d’oeuvre.


michel houellebecq serotonine

Sérotonine

Je n’avais jusqu’à présent lu que la poésie de Michel Houellebecq. Bien qu’ayant une affection toute particulière pour les personnalités sombres qui disposent souvent des esprits les plus vifs et éclairés, j’ai bien évidemment suivi la bien-pensance imposée depuis des lustres dont le résumé parfait serait cette phrase entendue, il y a quelques semaines : “Houellebecq ? Jamais, je ne lirai Houellebecq, j’ai déjà lu assez de choses crades dans ma vie.” ou encore “Ce n’est pas le bon moment pour moi de lire du Houellebecq, je n’ai pas besoin de ça”.

Pour l’anecdote, c’est une femme que j’estime beaucoup qui m’a offert Sérotonine. Je ne suis pas certain que ce soit inutile dans le propos, car si Houellebecq n’est pas en odeur de sainteté auprès de nombreuses castes de la pensée moderne, qu’en est-il pour l’ancien monde ? Sa matrice de pensée est-elle limitée aux poncifs d’une société en déclin ? Non, car cette société, ce modèle que chaque individu a accepté de s’imposer, de nourrir sans broncher jusqu’à l’avénement des réseaux sociaux, il l’exècre. Alors que j’ai entendu tout et n’importe quoi lors de la sortie de Sérotonine, j’ai été très étonné à mesure que les pages tournaient sous mes yeux et n’étaient visiblement pas matière à polémique. Mais que voulez-vous, désormais les gens bronchent. Grâce aux réseaux sociaux, on peut partager tout et surtout n’importe quoi et finalement, on finit par se demander qui est réactionnaire.

[Allez, petit point de vieux con.
Car oui, c’est facile de broncher sur les réseaux sociaux, on se sent soutenu même si l’on sait pertinemment que l’on ne devient qu’une distraction dans un feed où elles s’additionnent pour finalement se soustraire à la pensée de fond. On a l’impression d’être quelqu’un en incarnant quelque chose que l’on retrouve chez les autres. Mes idéaux sont ceux des autres, car si un idéal n’est pas partagé, est-il viable ? Moi par exemple, j’ai eu l’impression d’avoir des choses à exprimer en lançant à la va-vite ce blog, mais finalement après trois mois, je peine à sortir ce second billet, car où est ma légitimité ? ]

« Panurge sans aultre chose dire jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons criant et bellant en pareille intonation commencerent soy jecter et saulter en mer aprés à la file. La foulle estoit à qui premier y saulteroit aprés leur compaignon. »

— Extrait du Quart Livre, chapitre VIII

Cette jolie incursion chez Rabelais n’est pas gratuite. C’est la meilleure des transitions entre mon déplorable propos et le coeur de ce bouquin dont les mots sont couchés sur un très agréable papier Lux Cream 65g. Bien évidemment labellisé durablement comme il faut. Cette transition nous invite donc en Normandie, dans les pas de Florent-Claude Labrouste, ingénieur agronome qui approche la cinquantaine comme on attend le trépas. Un prénom composé pour une vie en décomposition. Un déroulé parcellaire entre un présent, constat d’échec, et un passé fragmenté où Florent-Claude revient sur ce qui a marqué sa vie. Et il faut en convenir, pas grand-chose n’a su marquer au fer rouge la psyché du presque cinquantenaire : en dehors des femmes et d’un vieil ami, hélas disparu.

À la lecture de la première partie du livre, je me suis demandé où j’allais. En dehors de l’insalubrité de certains propos bien évidemment : une compagne zoophile et un ornithologue pédophile n’en sont que des incarnations. Je me suis demandé à plusieurs reprises comment il était possible d’écrire de tels propos avec tant de talent. Le talent est là. L’écriture est à la fois dansante par sa rythmique et terriblement tranchante. C’est un sens particulier du tempo que je retrouve ici, la poésie de Houellebecq, que certains qualifient de poésie de supermarché, est toute simplement ancrée dans le vivant. Des poèmes du quotidien.

Et puis voilà le moment où l’on arrête d’imaginer la tête de Michel sur les épaules de Florent-Claude. Le moment où le texte prend enfin le pas sur son auteur. Ou peut-être que finalement, ils ne font plus qu’un ? Entre l’hôtel Mercure où il s’enterre et les côtes normandes, Florent-Claude navigue dans un océan de regrets. Il n’a rien pu faire pour préserver les instants de bonheur fugaces qui ont parsemé sa vie, il n’a rien pu faire pour aider l’agriculture française à remonter la pente. Ce sont les paroles d’un homme qui sent ne jamais avoir eu prise sur sa vie que nous retrouvons ici. Un sentiment, je pense, partagé par beaucoup de nos congénères, et de plus en plus jeunes, hélas.

Le 18 avril 2019, Emmanuel Macron remettait la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. Oui, j’assume de faire rentrer le brave Président dans la boucle, car il a dit quelque chose qui a bien fait grincer des dents quant à l’oeuvre de l’ancien étudiant en agro.


“un romantique dans un monde devenu matérialiste […] des romans pleins d’espérance”

Beaucoup ont commenté en disant qu’il était clair qu’Emmanuel Macron n’avait jamais ouvert un bouquin de l’auteur qu’il adoubait ce jour là. En refermant celui-ci, je le ressens, cet espoir. Je le sens, ce côté anachronique chez Houellebecq et son personnage. Cette fragilité, cette brutale déconnexion d’un monde où tout se connecte à marche forcée, où la technologie est devenue un levier du paraître.

Je vous laisse avec quelques bons extraits. N’hésitez pas à partager avec moi votre avis sur Sérotonine.

Le matin du 1er janvier se leva, comme tous les matins du monde, sur nos existences problématiques. Je me levai également, prêtai de mon côté une attention relative au matin – qui était de nature brumeuse sans excès, un matin de brume ordinaire [p. 229]

Je partis le lendemain après le déjeuner, sous un soleil dominical éclatant, qui contrastait avec ma tristesse grandissante. Il me paraît surprenant aujourd’hui de me remémorer ma tristesse, alors que je roulais à petite vitesse sur les départementales désertes de la Manche. On aimerait qu’il y ait des prémonitions ou des signes, mais en général il n’y en a aucun, et rien, en cette après-midi ensoleillée et morte, ne me laissait présager que j’allais rencontrer Camille le lendemain matin, et que ce lundi matin serait le début des plus belles années de ma vie. [p. 152]

Merci Elisabeth Moss

En cette période trouble, de confinement et de quarantaine intellectuelle, j’ai souhaité me rassurer en regardant un vrai bon film. J’ai tendance à choisir mes films en fonction du casting. C’est très con. Putain, c’est vraiment con. C’est comme choisir une voiture en fonction de sa couleur. Bref, j’ai pensé à Elisabeth Moss. En général je pense plutôt à Scarlett Johansson ou Kristen Stewart quand j’ai envie de me faire du bien, cinématographiquement parlant. Mais au contraire, cet après-midi, j’avais un sacré besoin de débander. De ne plus penser à la femme qui m’attend et que le gouvernement m’empêche de retrouver.

Avec Elisabeth Moss, pari tenu ! Vous savez la personne qu’on enfermait dans les toilettes à la cour de récré ? C’est tout à fait son profil, c’est vraiment un truc de malade. Bon, c’est petit d’attaquer sur le physique surtout avec ma tronche. Et si vous n’avez jamais enfermé vos camarades dans les toilettes, c’est que vous êtes quelqu’un de bien. En tout cas, je me pose en me disant, allez peut-être que cette fois-ci, la scientologue travestie en figure du girl power depuis The Handmaid’s Tale va enfin faire autre chose de son incroyable talent que de se soustraire au terrifiant carcan paternaliste que le monde nous offre.

Pour rappel, voici les rôles pour lesquelles la petite Lizzie a été primée à de nombreuses reprises.

Elisabeth Moss dans Mad Men : Peggy apparaît comme une petite secrétaire naïve et perdue dans la plupart des compartiments de sa vie. Et au fil du temps, elle montre à tous ses bonhommes qu’elle peut faire autant si pas mieux qu’eux. L’univers impitoyable de la publicité la sacre même en toute fin de série.

Elisabeth Moss dans la Servante Écarlate : June, Defred ou Dejoseph, comme vous le souhaitez, lutte face à une bande de timbrés qui, au nom de la religion, bafouent toutes les religions. Abusée et désabusée en tout début de série, elle va prendre le taureau par les cornes et se révéler un formidable adversaire au système établi par… des hommes.

Vous commencez à entrevoir quelque chose ? Devinez-quoi, dans Invisible Man, la bouse que j’ai reluquée cet après-midi : bis repetita. Son personnage Cécilia est sous le joug d’un vilain compagnon, méga riche et manipulateur narcissique. Du coup, elle va se rebeller, machin machin machin machin jusqu’à remporter la partie. Pour le folklore, le mec devient l’homme invisible pour mieux la harceler… d’où le titre. Oser se baser sur l’œuvre de H. G. Wells pour réaliser une chose pareille, c’est atroce ! Tout l’était. Et de voir Elisabeth Moss s’enfoncer dans un personnage finalement interchangeable par essence dans ses différentes apparitions devient quelque peu éreintant.

En conclusion, évitez ce film.

Par contre, dévorez l’intégrale de Mad Men car c’est tout de même là où l’on dispose de la plus belle évolution en termes de personnage pour notre Lizzie. Dommage que cela soit devenu un automatisme depuis. Et à toutes celles et ceux qui la prennent pour un fer de lance du féminisme… allez vous renseigner sur les préceptes de la Scientologie en ce qui concerne la place de la femme.

Bon étranglement !

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